Blog de MAISOUBLANCO

25 mars 2010

La liberté heureuse

Filed under: Débat d'idées — maisoublanco @ 21:57

Le mot bonheur ne signifie rien.
Alors on pense aux autres mots.

Pomme par exemple, qui nous dit qu’il y a des pommiers, des fruits, des dents qui croquent …
Désaxé par exemple, qui nous dit qu’il peut exister des axes … qu’on peut suivre et puis qu’on risque de perdre …
parce partout … la brume.

Mais bonheur … BONHEUR … non, ça ne dit rien,
parce qu’une bonne heure pour l’homme, ce n’est pas suffisant,
ça ne montre même pas comment on y arrive, ça n’a pas de niveau
bien que l’on puisse dire : « Un grand bonheur »
et que la différence entre un grand et un petit ne soit pas suffisante.

On peut dire qu’il s’agit d’un mot trop solitaire pour déambuler avec les hommes,
on peut dire alors que c’est un mot pour les Dieux …
mais on se doute bien que les Dieux préfèrent la guerre – dans leur éternité d’ennui.

Si on avait dit : « Une liberté heureuse » …
on aurait su par quoi commencer et par quoi ce commencement pouvait déboucher.

Si ON peut être heureux, seul dans une société heureuse,
ON ne peux plus l’être dans une société malheureuse parce que pas libre.

Si on avait dit : « Une liberté heureuse » …
On aurait pu organiser les choses pour que les gens comprennent le mot Liberté,
on aurait pu organiser une société axée sur la Liberté …
et suite à cela, imaginons – ô folie ! – imaginons que chaque libéré juge qu’il serait encore plus libre
s’il apprenait cela à son semblable – si son semblable apprenait aussi à être libre.

Alors, on aurait cessé d’abrutir, d’exploiter, de manipuler, de séparer,
on aurait tout pensé pour que les individus existent en apprenant à être libres.
Une liberté heureuse pour tous …

Ce ne serait pas ça une Démocratie ? Une vraie ?

Petit Piquey
 
 

Et pourquoi pas un poème tout simple ?

Filed under: Textes sans connivence — maisoublanco @ 20:48

Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains.

La vérité attend l’aurore à côté d’une bougie. Le verre de fenêtre est négligé. Qu’importe à l’attentif.

Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.

Il n’y a pas d’ombre maigre sur la barque chavirée.

Bonjour à peine est inconnu dans mon pays.

On n’emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.

Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de ne pas avoir de fruits.

On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.

Dans mon pays, on remercie.

René Char (Qu’il vive – 1968)

Moineaux chez Auguste
 
 

16 mars 2010

Un an à Imouzer du Kandar – Histoire 26

Filed under: Imouzer du Kandar — Mots-clefs : — maisoublanco @ 13:12

Dans la cour de l’épicerie, chez mon pote Kader :

Akioud (4.030 m) – Ras (4.083 m) – Timesguida (4.088 m) – Toubkal (4.167 m) – M’GoumJbel Ayachi

Mes interlocuteurs français sont excités comme des puces.
Ils me racontent leurs exploits tels des tiroirs caisses de grands magasins.
Les hauteurs de leur collection s’additionnent et effectivement, dans une légère torpeur je sens l’oxygène se raréfier,
mon coeur ralentir …
je les oublie et sens comme une gaîté de l’air, très fraîche sur ma peau,
comme un antidote à l’ennui.

Désolé les gars – j’ai mon compte, il faudra continuer sans moi.

Je les oublie en constatant le jaune qui pâlit et se reflète sur les façades,
à l’heure imprécise qui trahit un peu plus cette journée.
Elle tombe lourdement comme toute journée consacrée aux autres,
qui scelle de façon imprécise, jusqu’à la souffrance, le bonheur de l’inconscience.

Oui l’heure tombe, Fantasia de lumière qui cesse – comme une chanson de Ferrat,
attendant une relance de vigueur, celle du soir – toute aussi inutile.
Douce, elle tombe.

Alors je pense aux gouffres du grand Kandar,
ceux que l’ont observe tout seul.
Me croiraient-ils si je leur disais qu’il y avait une dune cachée là-bas ?
Une dune devant laquelle je me suis assis en les écoutant ?
Toutes ces pierres jetées du Kandar et fracassées en bas,
pierres désagrégées en sable,
toutes ces journées en attendant le thé, comme le moment de l’amnistie,
une dune où je sens comme une gaîté de l’air, très fraîche sur ma peau.

Erfoud région Merzouga (le grand Erg)
 
 

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