Blog de MAISOUBLANCO

26 février 2010

La femme adultère

Filed under: Textes sans connivence — maisoublanco @ 11:18

ALBERT CAMUS
Au milieu de l’escalier, la brûlure de l’air dans ses poumons devint si coupante qu’elle voulut s’arrêter.
Un dernier élan la jeta malgré elle sur la terrasse, contre le parapet glacé qui lui pressait maintenant le ventre.

METAPHORE
En grimpant, à la moitié de sa fuite, ses poumons tels des forges prêtes à exploser, elle pensa à tout cesser.
Son ultime effort la jeta sur la terrasse, collée au parapet glacé comme pour freiner son envie.

SURPRISE
C’est en montant hors d’haleine l’escalier qu’elle pris conscience de son envie et désira s’arrêter.
Le hasard la mena sur la terrasse et c’est le parapet contre son ventre qui la calma.

HESITATION
Où cela se passait-il ? Au travail ? Dans le métro ? Dans ce bar sinistre ?
Il y avait là … ce tapis, non, cet escalier où j’avais mal,
mal au coeur, hors d’haleine, ou la tête si perdue que je pensais m’arrêter,
au bord de ce précipice, peut-être une terrasse et ils étaient tous présents
me pressant fort ou m’embrassant, non ce n’était que le froid muret contre mon ventre.

PRECISION
A minuit moins douze je montais l’escalier,
il ne fallut que huit secondes pour que mes poumons crient leur douleur
et une demi-seconde pendant laquelle j’imaginais m’arrêter.
Un dernier effort de quelques instants me permettais d’accéder à la terrasse.
Le plus étonnant, c’est qu’il était minuit et quart lorsque je pris conscience du parapet glacé contre mon ventre.

DISTINGUO
Dans un escalier (ce n’était pas dans l’allier et je ne suis pas folle à lier)
que je montais (pas à cheval) en me précipitant (pas si près si piqua)
vers la terrasse (pas comme une poufiasse)
et c’est tout contre le garde-corps (pas le corps de garde)
que je sentis mon ventre chaud (pas glacé).

OFFICIEL
J’ai l’honneur de vous informer des faits suivants :
Cette nuit même, dans l’escalier qui mène au rempart de la casbah
j’ai observé vers minuit une femme qui montait seule et comme affolée jusqu’à la première terrasse.
Elle observa longuement les tentes du village nomade, pleura plaintivement
et repassa devant moi en disant : « ce n’est rien mon chéri, ce n’est rien ».
Je vous prie, Monsieur, de m’indiquer les conséquences de ces faits
et l’attitude qu’il serait bon de prendre en de pareilles circonstances.

ONOMATOPEES
En montant l’escalier (tac tac tac tac) jusqu’à la limite de ses poumons (tchouc tchouc tchouc)
(variante : teuf teuf),
une femme atteint la limite de sa volonté (stop).
Un dernier élan la jeta contre le parapet glacé (klong !) où son ventre se colla (gla gla gla).

ANALYSE
Alors l’escalier (c’est le premier lieu) ou une femme montait (c’est le sens), minuit environ (c’est le temps).
Sur la terrasse (deuxième lieu) elle ne fit rien (c’est l’action).
Puis elle plaça son ventre contre le parapet glacé (c’est la suggestion).

IGNORANCE
J’i rien vu.
Une femme ? I fisi nuit et pi ça courrait.
Dans l’escalier ? Sirement, ji crois jisqu’à la terrasse.
Ce que ça a fait ?
Collé au parapet.
Glacée ? Bien sir glacé !!! Li vent vient di désert en janvier, tout i glacé.

GUSTATIF
Ils ont eu le bon goût de faire cet escalier qui monte sur les murailles,
je mange les marches quatre à quatre jusqu’à ce que mes poumons exhalent comme une cocotte,
sur la terrasse monte une odeur d’agneau brûlé,
je me colle au parapet, aimantée comme une nougatine glacée
pour ingurgiter par mon ventre toutes les terreurs de la solitude.

TELEGRAPHIQUE
RUES DESERTES DANS LA CASBAH STOP
ESCALIER INFRANCHISSABLE D’UNE SEULE TRAITE STOP
TERRASSE VENTEE VERS L’ETOILE DU SUD STOP
TETE QUI TOURNE STOP
ACCROCHEE AU PARAPET VISION DE LA LIBERTE STOP
MON VENTRE MON VENTRE MON VENTRE
SIGNE JANINE

TANKA
Long l’escalier
Car le ventre des femmes est lourd
Large terrasse ocre
Sous immensité étoilée
Parapet agrippé par la lourdeur
Et la tête légère dans une vision infinie.

Telouet vers Aït Benhaddou
 
 

Voyage sans soucis

Filed under: Débat d'idées — maisoublanco @ 9:37

Seuls ceux qui ont vraiment voyagé ont ressenti ce qu’est le regret d’un paysage routinier.

On avance dans cet inconnu très beau et notre modernité transforme la beauté en lenteur puis en langueur.

Ainsi la poussière passe du jaune au rouge puis revient à l’ocre
et les canyons remplacent les épineux
puis la poussière passe de l’ocre au rouge
et les pistes se démultiplient comme à l’infini
puis vous sortez des canyons et tout recommence.

Ainsi se passe la journée,
c’est alors que vous arrivez en ville comme par surprise.
C’est fini.

Votre malheur profond commence lorsque vous prenez conscience que c’est fini,
qu’avant il y avait quelque chose et que maintenant il n’y a plus rien.
Finalement c’était bien court.

Avec la vie c’est heureusement différent,
lorsque vous êtes mort vous ne regrettez rien.

Voyage sans soucis.

Erfoud Désert vers Zagora
 
 

18 février 2010

Le choix de l’enfer

Filed under: Débat d'idées — maisoublanco @ 13:03

Généralement nous n’avons que deux attitudes :
- l’implication (même l’implication du doute)
- la disponibilité (à tout le reste)

Alors parfois nous choisissons et ce choix peut être vu de deux façons :
- choisir, c’est avancer (même choisir de ne rien faire)
- choisir, c’est renoncer (à tout le reste)

Et puis parfois nous croyons à l’exceptionnel :
- Aimer (un, si nous en sommes capables)
- Aimer (tout le reste, rendant impossible l’exceptionnel)

« Mais où est donc l’enfer ? » me direz-vous …
Il est dans le fait que ces deux choix amènent souvent à la même histoire,

alors nous admettons que cela ne vient que de nous, de notre ressenti :
- Nous dans l’enfer de la légèreté
- Nous dans l’enfer de la pesanteur.

Difficile, très difficile choix de l’enfer.

TAG
 
 

10 février 2010

Le sentiment est plus vrai que la raison

Filed under: Débat d'idées — maisoublanco @ 19:36

Lorsque l’admiration est reconnue comme une chose malsaine,
lorsque l’on a renoncé à mesurer les choses humaines – ce qui est plus grand – ce qui est plus petit,
il est important pour garder l’envie de vivre – pour expliquer le lieu de toute histoire …
il est important de prendre une décision sur ce qui est plus vrai par rapport à ce qui l’est moins.

Sentir, c’est exister tout seul irrémédiablement. Tout sentiment est à prendre en compte comme rare et sacré.

Penser, c’est exister avec la substance harmonique du monde – c’est prendre en compte l’extérieur accompagné de ses inconnues.

Agir, c’est exister avec les hommes et avec la nature – qu’il s’agisse du geste lui-même, de la parole ou de l’acte.

Ainsi, et pour donner un exemple : lorsque quelqu’un dit avec la bouche pleine de miel ou de haine : « c’est un homme d’entreprise »,
nous nous contenterons de noter qu’être un homme d’entreprise n’est qu’un événement de classe 3, celle de l’action … la moins vraie.
Ainsi, nous ne nous illusionnerons pas sur les effets néfastes ou positifs des entreprises supposées.

« Le sentiment est plus vrai que la raison ».
Lorsque je pense cela je suis en classe 2 et je m’initie aux mystères du monde alors que lorsque je l’écris avec le plus insignifiant désir que quelqu’un le lise … je suis en classe 3 et je me sauve de la vérité.

Camargue vers Port Saint Louis
 
 

4 février 2010

Printemps, été, automne, hiver… et printemps

Filed under: Coréen — maisoublanco @ 13:42

Etourdissant !

Ce film de Kim Ki-duk avec Oh Young-su et Young-Min Kim est sidérant.
Je regarde les critiques sur Allociné : Enorme ! Aucune ne décrit le film que j’ai vu.
Je vérifie les éléments de mon repas avec la même méfiance que les Eléments d’un crime (du bon vieux Lars), rien d’hallucinogène,
mon état moral en cette fin d’après-midi : j’ai un peu mal aux genoux … mais rien de particulier pour le reste,
le café : de la marque habituelle.

Je relis les critiques _ il y a même un inculte total qui y a vu l’image très lassante et séculaire de la sérénité … certainement un spécialiste des westerns …
tous les autres ont trouvé le film formidable pour des raisons que je comprends peu.

En fait de sérénité, le film décrit une espèce animale dont les individus apprennent, se reproduisent, comprennent qu’il vont mourir et meurent.
Dès le début du film une lourde porte s’ouvre sur un monde étrange : la réalité.
A l’extérieur de cette seule réalité (le temple en bois au milieu du lac), il y a l’amour, le mensonge, le meurtre, le vol, l’ennui.
Tout se transforme au fil des saisons, la matière humaine devient peut-être serpent ou poisson,
peu importe, il n’y a qu’une seule matière.

Et le Sisyphe du film apprend à n’être que cette apparence de la vie,
il ne croit plus que le monde lui appartient,
les animaux,
ce monde qui a de bonne plantes pour l’homme et puis de mauvaises.
Malgré ses erreurs, son maître n’a été violent avec lui que lorsqu’il eut la volonté de fuir, d’en finir devant l’absurde, l’amour, le remords,
fuir pour de mauvaises raisons,
fuir avant de connaître l’hiver.

Cette vision peut être occidentale (par rapport au bouddhisme) – tout comme est surréaliste l’écriture effectuée avec la queue d’un chat par le maître.

Ce qui est étourdissant n’est dit qu’avec des images de ce lieu magique.
Enfant il attachait poissons, grenouilles, serpents, avec des pierres et il riait.
En automne, il s’attache une pierre avec une corde et gravit un sommet pour planter une statue là-haut, d’où il apercevra cette tâche de lumière, ce reflet en bas, au loin : le lac de la réalité.
Et il est étourdi de cela : il n’y a pas de destin personnel mais nous assumons le destin de la vie.

Le lac
 
 

MAISOUBLANCO Copyright 2008