Blog de MAISOUBLANCO

30 janvier 2010

L’humour des nihilistes

Filed under: Débat d'idées — maisoublanco @ 23:06

Lors de la visite de je ne sais quel scientifique de renom, le pape Pie XII, l’oeil malin, lui mit la main sur un genou et dit :
« On est bien d’accord ? Avant le BIG BANG c’est vous … après, c’est nous. »

Le nihilisme commence là où cesse la volonté de se tromper soit-même a dit Roland JACCARD.

Et Thomas BERNHARD explique ce que c’est :
« Continuellement, nous corrigeons et nous nous corrigeons nous-même, sans le moindre ménagement …
parce qu’à chaque instant, nous nous apercevons que ce que nous avons accompli (écrit, fait, pensé,…) a été faux.
Mais la correction proprement dite (le suicide), nous la faisons traîner en longueur. »

Sujet de différence entre un philosophe et un nihiliste, ce dernier dira : « au moment où notre bêche heurte le roc de l’injustifiable,
il est inutile de creuser d’avantage. »

Comme là n’est pas le sujet, concluons brièvement sur ces grandes différences :

1) Le nihilisme est comme l’ennui ou la mort : notre horizon indépassable.
2) L’absurde surmonté : C’est justement son absurdité qui donne son piquant à la vie – le reste n’est que manque de curiosité et lâcheté affligeante alors que nous avons tout pouvoir.
3) L’homme révolté : « Je ne puis concevoir qu’une métaphysique sceptique s’allie à une morale du renoncement.
Vivre, c’est faire vivre l’absurde. Il importe de ne pas se jeter à corps perdu dans la mort, mais de mourir irréconcilié, à jamais révolté.
L’homme tragique n’abdique pas. »

Toutefois, et bien que l’on refuse le statut de philosophie au nihilisme,
il est amusant de constater que nihilistes et philosophes subissent une même influence humaine :
celle du caractère de l’individu qui expose l’insurpassable dans un cas et celui qui décrit ses concepts (le sens) dans l’autre.

Ainsi nous placerons dans les nihilistes :
TROTSKY : « De toutes les révolutions, la plus improbable, la plus inattendue et pourtant la seule à s’accomplir, c’est la vieillesse. »
BRAM VAN VELDE : « Quand le pire a été évité, c’est certainement faux quelque part. »
OSCAR WILDE : « Je ne suis pas cynique, j’ai seulement de l’expérience. »
SCHOPENHAUER : « Lorsqu’on croise quelqu’un on ne devrait pas lui dire Monsieur, mais le saluer comme un compagnon de souffrance – et si une partie
de l’humanité geint, l’autre ne se trémousse que pour tromper le mal qui la ronge : l’ennui. »
NIETZSCHE : « l’existence et le monde sont des phénomènes esthétiques. »
KLIMA : « quiconque n’est pas un sceptique absolu est un salaud absolu. »
WOLFSON : « Euthanasie, oui, mais planétaire. »
BAUDELAIRE : « Quoi ! Jamais vous n’avez eu l’envie de vous en aller , rien que pour changer de spectacle ! »
AMIEL : « L’existence est un roman de la désillusion tiré à des millions d’exemplaires. J’ai fait des bulles de savon la moitié de la journée. »
BÖRNE : « La sincérité est la source de tout génie, et les hommes seraient plus intelligents s’ils étaient plus moraux. »
SCHNITZLER : « Que nous soyons amenés à nier l’existence de dieu … voilà qui devrait nous inciter à une certaine réserve … »
FREUD : « Je ne puis être optimiste et je crois que je ne diffère des pessimistes que sur un point :
ce qui est méchant, stupide ou insensé ne peut me décontenancer parce que je l’ai admis dès le départ comme partie intégrante du monde. »
CIORAN : « La mélancolie n’est pas le malheur, mais le sentiment du malheur,
sentiment qui n’a rien à voir avec ce qu’on affronte, puisqu’on l’éprouverait au coeur même du paradis. »

Tous ont décrit le monde nihiliste selon leur caractère :
- Frivole
- Dandy
- Geignard
- Contemplatif
- Héroïque
- Révolté
- Détective des détails

Mais c’est avec une grande délectation que l’on peut observer leur humour … celui-là même qui leur évita la mort immédiate.

Laissons à FREUD le mot de la fin :
« Quand la chute est fatale, le seul recours que nous puissions réclamer de la psychanalyse,
c’est qu’elle nous évite de nous suicider pour de mauvaises raisons. »

Comment métamorphoser nos défaites en victoires ?
Par la jouissance supérieure de l’humour.

Cap-Ferret jour de tempête
 
 

17 janvier 2010

Un an à Imouzer du Kandar – Histoire 25

Filed under: Français,Imouzer du Kandar — Mots-clefs : — maisoublanco @ 20:23

Voilés.

Un américain et sa compagne sont arrivés en ville.
On a déjà mangé ensemble la veille et là, devant la mosquée d’Imouzer on rencontre Ali le marchand de tapis avec son épouse voilée.
Il s’adresse aux américains : « Alors ! Vous aussi vous êtes fous ? ».
Je prends pour moi la réflexion mais ne dis rien. Peut-être aussi, est-ce la seule explication pour qu’un étranger atterrisse ici.
Négligeant l’air offusqué de l’américaine et sans attendre de réponse il me dit avec un grand sourire :
« Il y a longtemps que tu n’es pas passé nous voir – Venez tous ce soir à la maison pour un tajine comme tu les aimes. »
On se regarde : « D’accord et merci ».

Le soir, on survit aux chicanes des ruelles qui découragent,
moi devant, l’Indiana derrière, la lourde porte s’ouvre et les murs lépreux restent neutres.
On mange dans une sorte d’alcôve qui donne sur la cour intérieure de chez Ali.
Les femmes, dont celle d’Ali ont préparé le repas mais ne mangeront pas avec nous.
Il y a le frère d’Ali et un cousin qui travaille avec lui.

L’américaine s’exclame : « Mais c’est un vrai palais ici – c’est magnifique ! ».
« Vous devez être surpris par nos coutumes ? » dit Ali aux américains.
« Que pensez-vous du port du voile, par exemple ».
Pour Ali, être moderne c’est être direct, surtout avec les occidentaux. Faute d’entraînement, il l’est sans nuance.
L’américain qui a beaucoup bourlingué éclate de rire et dit : « oh la la ! Je me méfie trop de moi-même pour vous répondre ! »
Ali apprécie la réponse et rit aussi, puis en me tapant sur l’épaule, s’adressant à l’américaine,
« Un jour je lui ai demandé s’il connaissait l’Amérique … il m’a répondu qu’il suffisait de lire David Goodis ! … il est fana de littérature et de marche sur le Kandar.
Que cherche t-il là-haut ? Manarf * ! Moi je m’intéresse au commerce. »
Son cousin me regarde et amicalement, avant qu’Ali ne parle de tapis, me demande : « Et vous qui vivez parmi nous ? Quelle est votre vision du refus du voile par les occidentaux ? »

Qu’est-ce que cela pouvait me faire ? Ce que pensent les occidentaux !
Bien sûr que je pouvais disserter sur le sujet, donner des explications … sinon même donner un avis sur le futur – futur qui ne pourra se passer des femmes émancipées, au Maroc comme ailleurs.
Et ce lien étroit avec la natalité qui doit passer de mode dans notre monde surpeuplé avec ces femmes à qui on ne laisse qu’un territoire – celui de la maison et donc ses nombreux enfants.
Ce n’est pas ce que je pense : c’est ce que j’imagine du futur. C’est très rare de penser.

Mais j’adore Ali et sa femme et je trouve belle la diversité … alors, comme l’américain je resterai voilé … et chercherai la réalité loin des humains, sur le grand Kandar,
avec ses brindilles qui craquent sous mes pas comme un squelette très ancien dont je serais le préhistorien platonique, mon Kandar, avec sa terrible absence de sérénité, son vide de tranquilité :

« Sachez que j’aime aussi le cinéma.
Sergio Leone adorait les gros plans très serrés … c’est vrai qu’il les réservait plutôt aux hommes, on ne voyait que les yeux.
Et puis il y en a d’autres comme Eric Rohmer qui vient de mourir qui détestent les plans serrés.
C’est vrai qu’il filmait surtout des femmes.
Il voulait voir leurs bras, leurs formes parmi les coussins, leur façon de nous parler avec leur corps.
Et son implacable et si fragile mémoire pelliculaire nous restitue sans faille tel mouvement de leurs cheveux, de leurs mains, de leurs lèvres avec leurs fabuleux sourires.

Lui, Eric Rohmer qui vient de mourir, pensait que le gros plan n’était pas un plus mais une perte – UNE SOUSTRACTION ».

« Et pour répondre à Ali sur le massif du Kandar, figurez-vous que je trouve une nouvelle réponse lors de chacune de mes marches,
et la plus évidente lorsque je vois ce que les hommes font aux hommes depuis toujours, c’est CHAMFORT qui nous le dit (les français ont tout dit) :
«On est plus heureux dans la solitude que dans le monde. Cela ne viendrait-il pas de ce que dans la solitude on pense aux choses, et que dans le monde on est forcé de penser aux hommes ?»

* Manarf : Je ne sais pas.

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