Blog de MAISOUBLANCO

21 avril 2009

Collection

Filed under: des idées, comme ça... — maisoublanco @ 13:12

Au nom de ma collection des bizarreries de la vie, j’ajouterai :

- Qu’il y a des jours où il est impossible d’être malheureux
- Que l’on peut écrire en oubliant l’avenir … l’avenir où, en se relisant, tous les pantins sont crevés et laissent déborder leur paille
- Qu’avant de faire toute chose, nous ne nous demandions pas s’il n’est pas préférable d’acheter des bananes
- Que nous n’ayons pas tous choisi d’être un marin qui rentre dans un bar à l’autre bout du monde

Bordeaux Quartier Saint Pierre
 
 

17 avril 2009

La monotonie de soi-même

Filed under: des idées, comme ça... — maisoublanco @ 19:52

Il y a des gens qui, lorsqu’ils se réveillent le matin, ressentent que leur droit de promenade est terminé.
Ils retournent à leur cellule, refusant le fait du vivant : aujourd’hui est différent d’hier.
Les animaux, eux, ne croient qu’en leurs sensations et ne sont pas dupes
… sauf le chien peut-être qui s’est perverti dans la symbiose et qui s’est perdu.

Il y a des gens qui voient chaque visage comme celui qu’ils ont vu la veille.
Ils regardent leur chat qui redécouvre prudemment la même petite pelouse
et concluent que les animaux sont limités,
qu’ils n’ont pas la conscience que c’est la même pelouse.

Toujours ils seront les enfants de leurs parents,
toujours ils seront ceux qui ont raté ou réussi,
toujours ils seront esclaves de ce qui les rassure.

Il y a des gens qui détestent la vie par timidité
et refusent la mort avec fascination.
Il y a des gens, et pas qu’au Tibet, qui pensent que la plus grande vérité est le plus grand oubli.

Il y a des gens qui étouffent dans leur vie et savent que l’air leur manquera toujours,
il y a des gens qui ont du bronze dans leurs veines et qui, entourés d’écritures étranges et incompréhensibles,
posent sur un socle de pierre dans leur hangar familier,

c’est ça,
c’est la monotonie de soi-même.

Caserne Niel
 
 

7 avril 2009

Un an à Imouzer du Kandar – Histoire 21

Filed under: Imouzer du Kandar — Mots-clefs : — maisoublanco @ 10:08

Un ami qui vient me voir de France,
c’est la première fois
et cela mérite un bon tajine chez Kader.

Prends le tajine de coings c’est sa spécialité.
Aïcha !
Je te présente la vraie patrone de ces lieux.
Aïcha, explique à mon ami comment tu fais le tajine aux coings.

Tu rinces la viande – tu la coupes en morceaux de 120 g chacun –
tu la fais revenir avec l’huile, le poivre, le gingembre, l’oignon râpé, le bâtonnet de cannelle, sur feu moyen, 5 minutes en remuant de temps en temps.
Tu la couvres à moitié d’eau et jusqu’à ébullition.
Tu ajoutes la pincée de sel et tu laisses cuire modéré à couvert.
Tu remues de temps en temps.
Avant la fin de la cuisson de la viande, tu ajoutes la cannelle en poudre et le sucre – tu remues et tu laisses terminer la cuisson.
Lorsque la viande est bien cuite, tu la retires – tu enlèves le bâton de cannelle – tu ajoutes les coings coupés en deux et épépinés.
Tu surveilles la cuisson, ne les laisses pas trop cuire. Quand les coings sont cuits, tu les retires de la marmite et tu les laisses égoutter.
Quelques instants avant de servir, tu fais chauffer le beurre dans une poêle – tu ajoutes le miel et tu fais caraméliser dans ce mélange les morceaux de coings.
Tu réchauffes la viande dans sa sauce et tu la mets dans un plat de service arrosé avec la sauce bien onctueuse, et puis tu mets les morceaux de coings dessus.
Et puis tu manges ! dit Aïcha avec un grand sourire.

Et bien dis donc ! J’ai faim !
Quand Aïcha est repartie vers la cuisine il ajoute : « Ils ont l’air vachement sympa ici ».

Oui.
Kader ! Tu nous mets un petit Beni M’tir sous la table.

C’est quoi ? C’est le vin ?

Oui.

Pourquoi sous la table ?

Kader ne vend pas de vin. Il garde le mien.
On reste discrets, on le met sous la table pour montrer qu’il ne fait pas de business avec des choses impures.

——————————————————————————————-

Le repas est fini.
Je dis à mon ami que cet après-midi il a quartier libre car je vais à Fez voir quelqu’un.
Si tu veux rigoler, parle avec eux et puis va à BAB ER-RIH, c’est de là qu’on voit le mieux le Kandar.
Et puis fait un effort, parle un peu arabe, et puis prononce bien : BAB ERhRIrrH.

——————————————————————————————-

Le soir devant une pastilla mon ami me raconte toutes les anecdotes de ses rencontres du jour.
Il avait les larmes à l’oeil – de rire et d’émotions.

En buvant la nana (thé à la menthe), je lui demande s’il est allé à BAB ER-RIH, la porte du vent, admirer le Kandar.

Ah ! Alors là ça a été dur !
Je demande à une fillette, elle s’est enfuie en courant !
Je demande à une femme, elle ne m’a même pas regardé.
J’ai trouvé un homme, je lui demande comme tu m’as expliqué
et il me répond en parfait français : « Quand on parle arabe, on parle bien ».

Alors il me dit en arabe en prononçant BAB ER-RIH une direction à droite
et puis en disant la même chose une direction à gauche.
Et il me dit, « tu vois, si on ne prononce pas bien, on ne comprend pas ! ».
Alors je lui ai dit que c’est de là qu’on voyait le Kandar
et il m’a amené à travers toutes ces ruelles magnifiques, en rigolant tout le chemin, jusqu’aux remparts roses.

TAZA Bab Er-Rih
 
 

2 avril 2009

Enfance sans lisière

Filed under: Textes sans connivence — maisoublanco @ 13:25

Lorsque j’étais petit enfant
ma mère était craintive de tout.

Ne pas s’éloigner de l’immeuble,
ne pas aller dans le quartier du port,
ne pas se baigner trois heures après avoir mangé …

Lorsque nous allions en ville, étrangement,
elle me disait :
« traversons dans les clous, là il n’y a aucun danger ».

Je ne comprenais pas du tout comment ces simples clous de cuivre plantés au sol
pouvaient nous protéger des voitures.
Toutefois, ces passages cloutés étaient la seule clairière au sein d’une sombre et dangereuse forêt.

Ne plus croire à rien
me serait certainement insupportable
sans les souvenirs de ce passé là.

Non ! Je n’ai pas posé de question.
Que peut vouloir de plus quelqu’un qui doit mourir un jour et qui,
sans lisière,
guidé par la main de sa mère, ne le sait pas encore ?

Jardin public pour les grands et les petits
 
 

Cohérence des rêves

Filed under: Débat d'idées — maisoublanco @ 12:46

Rien ne m’agace plus que l’incohérence de certains
qui rêvent d’être riches
ou qui, seuls sous leurs draps, rêvent d’avoir le courage d’aborder leur voisine de palier.

A ceux là je dis que lorsque le rêve est possible, la déception véritable est elle aussi possible.
A ceux là, je dis que cela n’est pas la fonction du rêve.

Aimez les paysages impossibles,
les déserts où vous n’irez jamais,
les gloires historiques des siècles passés
si c’est la gloire qui vous convient,

reposez-vous,
dormez enfin en rêvant ce qui n’existe pas,
et éventuellement, réveillez-vous en imaginant ce qui peut exister pour le réaliser.

Ainsi, ce carrefour, en bas de chez moi,
où la foule passe sans que rien n’existe vraiment,
foule ne montrant que l’aspect fluctuant d’une foule, d’hier et de demain,
ce carrefour, je le rêve et le vois vide d’animation et rempli des couleurs que j’aime.

Tiens ! Cela me rappelle Collioure
où je n’avais rien à faire
et où la journée était tellement belle
que je n’avais même plus la force de rêver.

COLLIOURE
 
 

MAISOUBLANCO Copyright 2008