Le chromosome zZ qui atteignit Fernando PESSOA.
Il n’y a qu’un Z à mon ImouZer du Kandar. Le 2ème Z manque t-il ? Certainement un incident chromosomique de la réalité.
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Le chromosome zZ qui atteignit Fernando PESSOA.
Il n’y a qu’un Z à mon ImouZer du Kandar. Le 2ème Z manque t-il ? Certainement un incident chromosomique de la réalité.
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Debout à 5h du matin.
Kader veut me montrer un coin du Kandar que je ne connais pas.
La marche est difficile et silencieuse.
A onze heures, nous sommes arrivés sur le promontoire qui domine toute la région.
C’est alors que mon téléphone portable me fait sursauter.
Je dis : « Allo ???? ».
Une voix féminine répond : « Ne me cherche pas ! Ne me cherche plus ! » … et elle pleure.
Je réponds par pur réflexe : « Tout n’est-il pas rattrapable ? » … mais elle a déjà raccroché.
Je capte le regard discret de Kader, le prolonge … des étourneaux font un festival aérien, les brumes se sont dissipées, au loin les sols sont rouges sang … la neige persiste cette année.
Je pense que Kader ne croit pas aux histoires. Pour lui il n’y a que la vie, perçue comme une énigme.
Qui pouvait être cette femme ? Dois-je la rappeler pour lui indiquer qu’elle s’est trompée de numéro ?
Une française …
Comment peut-elle ne pas savoir que la passion amoureuse n’est plus possible dans notre civilisation ?
Trop peu de différences dans les ambitions des hommes et des femmes … oui, trop peu.
La vie, la mort.
Les couleurs, les odeurs, les bruits, tout est subtil quand on voyage,
tout peut étonner et tout est un peu différent.
Prendre son temps, oui, apprendre à voyager, à limiter sa vitesse,
ou alors, déçu et gagné par l’ennui, oublier de regarder le monde,
courir ou rester assis.
Ici, sur le Kandar, où je marche tous les jours, il n’y a âme qui vive,
la subtilité se transforme étonnamment en violence,
les failles, les orages, l’évidence de la solitude,
et plus j’y retourne, plus c’est violent.
Représente t-il notre vrai passé ? Celui de notre ignorance ?
Certainement un jour, comme un corp étranger, il me rejettera.
Toute analogie est fausse. Pour préciser, on peut dire que les analogies ne sont pas intéressantes pour décrire la vérité.
Elles ne servent qu’à éclairer des sujets qui, sans elles, resteraient dans l’ombre.
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Ces femmes existent !
Est-ce la preuve de l’existence de Dieu ?
Et l’idée qu’un jour elles disparaissent ?
Est-ce la preuve de l’absurde ?
Avec légèreté elles chassent ces questions comme des mouches;
et considérant tout homme comme leur petit enfant,
après le festin,
au moment triste de l’au revoir,
elles remplissent nos mains de papiers de soie
contenant les gateaux au miel de leur affection.
Aujourd’hui … déception. Que dis-je ! Prise de conscience ! A pleurer ou à rire.
Plutôt à rire d’ailleurs …. nous sommes si cruels.
Pas de randonnée, pas d’affût, pas de silex qui roule sous les pieds instables, aucune surprise sauvage ni de saine tristesse …
Pas de détresse sur le chemin du retour … de l’avoir perdu ou de l’avoir retrouvé.
Quand on ne vit plus ses rêves, le monde est laid.
Aujourd’hui c’est les genoux qui refusent toute négociation.
Oui, c’est à rire … Quand on est jeune et bête, le corps nous appartient.
Plus tard, usés, mais enfin sages, nous appartenons à notre corps.
Bloqué à Imouzer et même pas de cinéma ! Alors, je me souviens des films anciens …
« A bout de souffle » :
- ELLE : « tu préfères quoi : le désespoir ou le néant ? »
- LUI : « le désespoir, c’est idiot. Je choisis le néant. »
Alors j’ouvre la fenêtre sur le grand midi, les ombres des nuages et là-bas … douze moutons et un berger sous la piste du KANDAR.
Devant cette campagne définie qui se distingue étrangement de toutes les campagnes – sans jamais avoir bien saisi ce qu’est une peinture, je ressens parfaitement la rage du peintre devant l’incompréhensible beauté – lui, ne réussissant pas à la retranscrire ni moi, aujourd’hui à marcher dessus.
Et puis, enfant de « l’artificiel devenu commun », je ne peux supporter la distance avec ce « naturel devenu étrange » que je désire m’approprier en le foulant.
Alors que le pourpre envahit le ciel, je dérange un sanglier qui trottine vers moi.
En arrêt, nous partageons un regard incompréhensible pour l’autre.
Je me souviens du grand poignard à ma ceinture mais ne parviens à faire un geste.
C’est l’animal qui est le plus vif. Remontant la pente, vers l’ombre du Kandar, il disparait rapidement.
J’attends que mon coeur se calme avant de continuer vers je ne sais plus où.
Bientôt, ce paysage vide qui absorbe mon regard sera le seul protagoniste de cette histoire.
Le monde est si indifférent et pourtant tellement beau.
Il faut accepter l’un et jouir de l’autre.
Ne faut-il pas accepter l’un pour jouir de l’autre … et inversement ?
Aujourd’hui, j’ai effectué une randonnée solitaire sur les sentes du Kandar.
Cette fois-ci, l’odeur des champignons dominait.
Retour précipité à Imouzer sous une pluie cinglante. Je reprends mon souffle dans l’épicerie-salon de coiffure et déguste un thé à la menthe au bout d’une longue table qui retient les avant-bras.
Les restes de repas, certainement très anciens sont invisibles mais très collants. Entre les notes de la tempête sur la tôle ondulée, je distingue le ton bas des Berbères (les hommes libres) qui discutent politique. La politique est le sujet le plus sensible aux variations de latitude, au climat, à la civilisation.
Le Kandar est propriétaire du vent environnant et des odeurs qu’il colporte.
Influencés par la magie de l’endroit, on pourrait facilement conclure qu’il possède aussi toutes les âmes d’Imouzer.
J’imagine ces mêmes hommes au Mexique ou dans une province Sud-Américaine, à la frontière de trois états tropicaux … là, saouls, le regard torve sur les jambes de French Cancan d’une troupe approximative, …, dans la tête une révolution toujours prête, comme la mort ou la poésie.
Pas de ça à Imouzer !
Ici, le Berbère n’a qu’un soucis : durer. Durer comme la terre vide en septembre avec le grain invisible et protégé.
Les Romains (Roumis) sont passés. Les Français sont passés. Les Arabes restent dans les plaines, dirigent le pays et certains ont une vue sur le monde.
Le Kandar LUI, Girolles, Perdreaux, Sangliers, concasse les ambitions et ses vents les subtilisent pour ne laisser que des pensées lourdes, lucides et pessimistes.
Ici on est concerné par la chute, la fin de toute action … on discute beaucoup et on fait l’essentiel.
Moi : « Kader ! »
Kader : « Oui ! »
Moi, faisant un geste : « Une feuille ? »
Kader : « Oui ! »
Moi : « Un crayon ? »
Kader : « Oui ! »
Ne pas résister à une envie de décrire cette scène, même si je sais que la feuille restera collée sur cette table jusqu’à devenir illisible.
Kader est comme ça … et moi aussi.
Cette nuit à Imouzer n’est-elle qu’un songe ?
Tant de semaines à présent que je vis ici !
Dites-moi, qu’est-il arrivé dans mon imagination tandis que je dormais ?
Suis-je là où je me vois ?
Mais, quoi qu’il m’arrive, qui donc pourrait en discuter ?
Même pas MOI, qui ne sais plus qui il est.
MAISOUBLANCO Copyright 2008