Juillet – La ballade nostalgique

Exposition Michael Johnson place des Chartrons (Bordeaux)


Alors qu’au large de Calais une grande ile à la dérive compte frénétiquement ses sous en se demandant ce qu’elle veut quitter – elle disserte avec les flots sur la bêtise des peuples – et les vagues reviennent avec leurs reflets d’écume à peine voilés,
un film en noir et blanc passe au travers d’une vitrine avec Peter Lorre et humphrey bogart,
une sculpture de tête d’esclave africain me regarde par dessus une porte pour m’apprendre avec un humour particulièrement cynique que les mascarons ne représentent pas que les propriétaires des palais bordelais, mais aussi leur métier.

Je marche.

Le soleil, lorsqu’il frappe très fort peut nous porter dans une autre dimension, un grondement, un air connu de nous seuls, très nostalgique avec les sensations qui s’imposent sans explication. De façon abrupte je me souviens de Seville sous 45° avec ces deux gitans qui jouaient de la guitare autour d’une fontaine… régulièrement je me trempais la tête dans l’eau et retournais m’assoir sur le banc à l’ombre pour les écouter. Eux riaient en se moquant de moi, le bonheur est-il si simple ?

Au 14ème siècle mes pas m’auraient porté dans les marécages. A présent cela s’appelle les Chartrons et j’arrive sur la place centrale où une ancienne halle est utilisée pour des expositions temporaires.
Aujourd’hui l’exposant est un américain qui a peint (son violon d’Ingres) une collection de portraits de musiciens classiques (sa passion).
Il me demande en français si je connais toutes ces figures. Par bravade je lui dis que oui bien que la tête d’un asiatique ne me rappelle aucune baguette, aucun violon, pas plus un piano.
J’aime tout cela, ces portraits, la légèreté et l’humour, mais sous cette chaleur c’est sa francophilie qui m’occupe. Notre cerveau est étonnant, avec une température plus clémente c’est le fait d’exposer (avoir la volonté de faire, fabriquer, promouvoir,…) qui m’aurait fasciné car la fainéantise fait partie de mon adn.
Sous les vibrations de l’air chauffé, c’est son choix d’aimer Bordeaux et la langue française qui m’intrigue, surtout sous l’ère Trump dont la seule référence française peut être celle du roi Dagobert. Trump lui, la monte et la descend.
Une émotion me prend, liée à Gershwin, au Paris est une fête d’Hemingway, à Raymond Chandler qui fait dire à un P. Marlowe amoureux et en détresse (un air de Navaja) : « Les Français ont une expression pour ça. Ces salauds-là ont toujours le mot de la situation : Partir, c’est mourir un peu. » et à tant d’autres d’une époque où le peuple français digérait toutes les idées du monde, les défendaient et par là en recevait l’amour.
Je pense aussi très fort au photographe et sculpteur américain louis stettner habitué de Bordeaux qui lors d’une expo à la base sous-marine fit entrer Alain Juppé dans la photo d’un bar parisien (1947).

Bx – Louis Stettner à la base sous-marine

Nostalgie pour moi, réalité pour Michael Johnson… mais finalement je crois que le soleil n’y est pour rien.

Il fait nuit, le XVIIIème siècle est magnifique, sur les quais un orchestre amateur joue du jazz, le pont de pierre fait un pas de 500m pour rentrer chez moi.

Merci Michael

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